À quoi servait un bidet ?

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À quoi servait un bidet ?

À l’époque où nous nous lavions moins fréquemment qu’aujourd’hui, cet appareil sanitaire révolutionnaire a transformé les habitudes d’hygiène des classes aisées européennes. Inventé au début du XVIIIe siècle par Christophe Des Rosiers, ce meuble en bois mobile renfermait une cuvette en faïence destinée à la toilette intime. Son nom provient de l’ancien français désignant un petit cheval, faisant référence à la position chevauchée adoptée pour l’utiliser. Installé pour la première fois au château de Versailles, il était alors appelé « chaise de propreté » et réservé aux dames nobles. Lorsque Marie-Caroline de Habsbourg-Lorraine souhaitait en installer un dans sa chambre au palais de Caserte, la famille de Savoie le décrivait comme un « étrange objet en forme de guitare », ne comprenant pas sa fonction. Nous vous proposons de découvrir les multiples usages de cet équipement qui, bien qu’ayant disparu de nombreuses salles de bain françaises, reste un symbole d’élégance et de raffinement dans plusieurs pays du monde.

L’essentiel

Cet appareil d’hygiène intime, inventé au XVIIIe siècle, a révolutionné la propreté des élites européennes.

  • Le bidet, ce meuble révolutionnaire, servait principalement au nettoyage des parties intimes avant l’invention du papier toilette
  • Son utilisation nécessitait une position chevauchée et un mouvement de lavage précis, de la vulve vers l’anus, pour prévenir les infections
  • La démocratisation de la douche dans les années 1960, combinée à l’arrivée du papier hygiénique et à la réduction des surfaces de salle de bain, explique sa quasi-disparition des foyers français
  • Présent dans seulement 40% des logements français aujourd’hui, il demeure un symbole d’élégance dans certains pays

Les fonctions essentielles de cet appareil d’hygiène intime

Nous constatons que la fonction première de cet équipement concernait le nettoyage des parties intimes et de la région anale, notamment après un passage aux toilettes ou un rapport sexuel. À une époque où le papier hygiénique n’existait pas encore, il garantissait une hygiène optimale après la défécation et la miction. L’utilisation de l’eau permettait d’éliminer les résidus de manière bien plus efficace que n’importe quelle alternative disponible à l’époque.

Contrairement au papier toilette, le nettoyage à l’eau réduisait considérablement les irritations et prévenait les infections cutanées ou urinaires. Les femmes l’utilisaient particulièrement après la miction, bénéficiant ainsi d’une sensation de fraîcheur tout en contribuant à prévenir les infections urinaires. Dans le cadre de l’hygiène intime liée à la sexualité, il permettait de se nettoyer rigoureusement avant et après les rapports, favorisant une hygiène irréprochable pour les deux partenaires.

Avec sa forme de cuvette ovale, nous observons qu’il servait principalement au lavage de la zone intime, mais qu’il était également utilisé pour nettoyer d’autres parties du corps comme les pieds. Son utilisation quotidienne, à une époque où les bains complets étaient rares, garantissait un niveau d’hygiène bien supérieur. D’ailleurs, tout comme nous apprécions aujourd’hui les qualités naturelles du jonc de mer dans nos intérieurs, nos ancêtres valorisaient les solutions pratiques et hygiéniques pour améliorer leur quotidien.

Fonction principale Bénéfice hygiénique Alternative de l’époque
Nettoyage après toilettes Élimination complète des résidus Aucune (papier inexistant)
Hygiène féminine quotidienne Prévention des infections urinaires Bassine d’eau froide
Toilette après rapports sexuels Réduction des risques infectieux Linge humide
Lavage des pieds Fraîcheur et propreté rapide Cuvette transportable

Mode d’utilisation et techniques de nettoyage recommandées

À l’origine, nous devions faire chauffer de l’eau que nous versions ensuite dans l’appareil pour réaliser notre toilette intime. Ce n’est que bien plus tard que les robinets et les douchettes ont fait leur apparition, facilitant grandement ce moment d’hygiène quotidienne. Généralement posé à côté des toilettes, il supposait un déplacement depuis la cuvette des WC.

Pour l’utiliser correctement, nous devions le chevaucher en passant une jambe de chaque côté, puis nous asseoir sur le rebord. Nous pouvions nous positionner soit face au robinet pour l’hygiène des parties intimes, soit en lui tournant le dos pour le lavage de la région anale. Il fallait ensuite ouvrir le robinet, régler la température d’eau souhaitée, puis nettoyer notre siège avec la main ou un gant de toilette et du savon.

Selon le modèle, nous pouvions nous servir du jet d’eau direct ou remplir le bac au préalable en fermant la bonde. Le nettoyage devenait alors manuel, réalisé avec les doigts ou un gant dédié. Pour le nettoyage des parties intimes féminines, nous devions impérativement respecter un mouvement correct : partir de la vulve et aller vers l’anus, jamais l’inverse. Cette précaution permettait d’éviter que des germes ou des bactéries intestinales n’atteignent le vagin ou les voies urinaires.

Les étapes d’utilisation comprenaient :

  • Le positionnement approprié sur l’appareil en fonction de la zone à nettoyer
  • Le réglage de la température de l’eau pour un confort optimal
  • Le nettoyage méthodique avec savon et eau en respectant le sens de lavage
  • Le séchage soigneux avec une serviette dédiée exclusivement à cet usage
  • Le nettoyage de l’équipement après chaque passage pour maintenir l’hygiène

Nous devions ensuite nous sécher avec une serviette dédiée, nettoyer l’appareil après notre passage et bien entendu nous laver les mains à l’eau et au savon avant de retourner à nos activités. Cette routine, bien que plus longue qu’aujourd’hui, garantissait une propreté incomparable pour l’époque.

Les raisons d’un déclin progressif en France

À partir des années 1960, nous observons que les ventes ont progressivement diminué et que l’appareil a commencé à disparaître petit à petit des salles de bain françaises. En 1751, Madame de Pompadour possédait un modèle en bois précieux, symbole de son statut privilégié. Pourtant, deux siècles plus tard, seulement 4% des logements ruraux étaient équipés d’une douche ou d’une baignoire, contre 15% en ville.

Le développement croissant de la douche constitue une cause majeure de ce déclin. Lorsque celle-ci s’est démocratisée, l’appareil sanitaire a grandement perdu de son utilité. L’introduction et la popularisation du papier toilette ont offert une alternative perçue comme plus pratique par les consommateurs. L’arrivée massive de ce produit d’hygiène et la communication importante faite autour sont également impliquées dans ce désamour progressif.

Nous constatons que la surface de plus en plus réduite des salles de bain, phénomène déclenché en partie par la hausse des prix de l’immobilier, explique également cette disparition. L’urbanisation croissante conduit à des espaces sanitaires de plus en plus compacts, où l’installation d’un équipement séparé devient difficile. Nous préférons désormais troquer cet espace dans les pièces à vivre ou installer une machine à laver, ne laissant donc pas de place à cet appareil. Aujourd’hui, il n’est présent que dans environ 40% des logements français. Cette évolution des préférences rappelle comment certaines traditions séculaires évoluent avec le temps, conservant parfois une valeur symbolique même lorsque leur usage pratique diminue.

Dans les années 1970, la plupart des logements neufs en France ont été construits sans cet équipement. Pour les nouvelles générations françaises, il apparaît comme un objet énigmatique, témoin d’une époque désormais révolue. Grandissant dans des salles de bains modernes où il a disparu, beaucoup ignorent sa fonction exacte, le reléguant à un simple vestige du passé.

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